Antennes de téléphonie mobile : les Parisiens moins exposés, vraiment ?

par Eric Lecluyse | 17-10-2012
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Le Conseil de Paris a adopté une nouvelle charte de la téléphonie mobile qui ferait baisser les niveaux d’exposition aux champs électromagnétiques « d’environ 20 %», selon l’adjoint au maire Mao Peninou. Ce chiffre a pourtant disparu du communiqué officiel de la Mairie et les opérateurs se refusent à le confirmer. Et pour cause...

Après des mois de négociations tendues avec les opérateurs, le Conseil de Paris a finalement adopté mardi 16 octobre une nouvelle charte de la téléphonie mobile pour les quatre années à venir (les discussions sont visibles en vidéo sur le site officiel).

Mao Peninou, l’adjoint (PS) chargé de la qualité des services publics, qui a mené ces tractations, répétait depuis des semaines que cet accord allait faire baisser le niveau d’exposition des Parisiens aux ondes émises par les antennes de téléphonie « d’environ 20 %».

Il a donc naturellement affiché sa satisfaction :

« Le mandat qui nous était confié, d’arriver à faire de Paris une capitale numérique dynamique et en même temps soucieuse du bien-être de ses habitants, est atteint. »

Or, ce chiffre de 20 %, repris dans les dépêches des sites d’information mais aussi sur le document (PDF) qui présente le projet de délibération, est très contestable...

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Une baisse de 20%... qui disparaît du communiqué officiel
Avant le vote, un communiqué de la Mairie de Paris présentant ce projet de nouvelle charte évoquait cette baisse de 20 %. Mais le passage en question, visible sur la capture d’écran ci-dessous, a été supprimé sans explication quelques jours plus tard...

Mao Peninou, que nous avons contacté, explique que cette précision a dû être retirée car "les opérateurs ne veulent pas dire qu’il y a une baisse". Et comme il s’agit "d’un communiqué commun de la Mairie et des opérateurs" (ce qui n’est pourtant pas évident au premier coup d’oeil !), la Mairie a décidé de retirer ce chiffre que ces derniers n’avaient pas validé...

En revanche, l’élu persiste et signe : selon lui, l’exposition à Paris baisserait bien « d’environ 20% » avec cette nouvelle charte. Vraiment ? Voyons cela de plus près...

Un nouveau système de mesures qui brouille les repères
« Ce qui complique tout, pour la pédagogie, c’est qu’il faut expliquer que l’exposition baisse alors qu’on passe d’un seuil de 2 volts par mètre à 5 volts par mètre », résume Sylvain Garel, président du Groupe Europe Ecologie Les Verts et apparentés au Conseil de Paris.

En effet, la précédente charte fixait un seuil moyen de 2 volts par mètre, sur 24 heures et en au moins trois points, à ne pas dépasser dans des « lieux de vie » définis (appartements, bureaux...). Avec la nouvelle charte, pour plus de transparence, on oublie ces histoires de moyenne : les opérateurs se sont engagés à respecter la limite de 5 volts par mètre en pointe à l’endroit le plus exposé dans « les lieux de vie » parisiens.

Mao Peninou nous explique, que sur la base des mesures effectuées à ce jour (dont le détail n’est malheureusement pas public...), les opérateurs pouvaient respecter les 2 volts par mètre en moyenne tout en ayant des pointes proches de 7 volts par mètre. Il en déduit donc qu’en limitant les pointes à 5 volts par mètre, le niveau d’exposition moyen va baisser de 20 % environ...

A première vue, le raisonnement est juste. Mais il est inepte d’un point de vue mathématique : il est tout à fait possible de limiter les pointes à 5 volts par mètre tout en augmentant le niveau moyen d’exposition. C’est une question de répartition des mesures autour de la valeur moyenne. La vitesse moyenne sur une route fréquentée peut être de 80 km/h sans que personne n’arrive jamais à dépasser les 110 km/h, alors qu’elle peut-être de 50 km sur une petite route sinueuse avec des pointes à 140 km/h en ligne droite de la part de quelques fous du volant...

La corrélation entre valeur moyenne et valeur de pointe avancée par la Mairie est en outre contestée par André Bonnin, de l’association Robin des toits :

« Dire que le niveau baisse de 20% est totalement faux. L’ancienne charte correspondait à des niveaux maximaux de 4,63 volts par mètre, pas 7 volts par mètre. Avec 5 volts par mètre, il s’agit donc d’un recul. »

Des opérateurs qui ne confirment pas la baisse du niveau d’exposition
Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, le petite dernier, qui installe des dizaines d’antennes en ce moment à Paris, vont dans le même sens.

Orange, par exemple, nous indique par e-mail :

« Les méthodes de mesure sont très différentes entre les deux chartes, avec en particulier l’aspect moyenné de la première charte sur 24 heures et sur 3 points, et ce faisant, il n’est pas possible de comparer les deux seuils. »

Les opérateurs, qui ont fini par accepter cette charte car elle leur permettra de déployer la 4G dans la capitale, ont par ailleurs obtenu que le seuil pour cette technologie soit porté à 7 volts par mètre. Dans ces conditions, il est difficile pour Mao Peninou de continuer à soutenir que l’exposition moyenne va baisser... « Pour la 4G, il est prévu une clause de revoyure annuelle afin d’abaisser le plus possible les niveaux », précise-t-il toutefois. Mais rien ne garantit qu’il y aura effectivement un tel abaissement de seuil...

En résumé, dire que l’exposition moyenne des Parisiens va baisser reste à prouver, et il va plutôt augmenter avec l’arrivée de la 4G !

Et si les opérateurs ne respectent pas la charte ?
Orange, SFR, Bouygues et Free ne risquent pas grand chose s’ils ne respectent pas l’accord adopté au Conseil de Paris. En effet, tant que les ondes émises par les antennes sont inférieures à la limite de 41 volts par mètre fixée par la loi pour le GSM (61 volts par mètre pour la 3G), ils sont juridiquement à l’abri.

Le pouvoir de la Ville de Paris est donc réduit. S’ils dépassent la limite fixée par la charte, la Mairie leur donne deux mois pour rectifier le tir. Si le dépassement perdure, la seule arme de la Mairie consiste à bannir les antennes de l’opérateur fautif des toits de la ville.

Ce n’est pas négligeable, assure Mao Peninou :

« Cela ne représente que 5 % des antennes parisiennes, mais il s’agit de bâtiments stratégiques, parmi les plus hauts de la capitale. »

Lors de l’application de la précédente charte, les opérateurs ont respecté les règles, affirme-t-il. L’association Robin des Toits n’est pas de cet avis. « Aucun opérateur n’a été embêté pour ne pas avoir respecté la charte », note l’un de ses représentants.

Paris en pointe
Paris demeure toutefois la grande ville française qui va le plus loin dans la limitation des ondes de la téléphonie mobile. En banlieue parisienne comme dans la plupart des grandes agglomérations, il n’existe aucun cadre de ce type (les niveaux restent toutefois globalement inférieurs aux maxima fixés par la loi, vous pouvez consulter les dernières mesures réalisées près de chez vous sur le site Cartoradio de l’Agence nationale des fréquences).

Strasbourg a bien adopté une charte il y a quelques semaines, mais les contraintes sont minimes pour les opérateurs, et aucun seuil n’est imposé.

La Ville de Paris voudrait même aller plus loin. Avec René Dutrey, d’Europe Ecologie les Verts, Mao Peninou plaide ainsi pour des réseaux d’antennes mutualisés entre opérateurs afin d’éviter les déploiements anarchiques, une proposition qu’ils détaillent pour le JDD.

Au Conseil de Paris, le groupe EELVA (Europe Ecologie Les Verts et apparentés, qui a voté le texte) a par ailleurs regretté, tout comme les élus du groupe PCF/PG (qui l’ont aussi voté), que la nouvelle charte ne tende pas vers un niveau maximal de 0,6 volt par mètre. C’est la limite que réclame également l’association Robin des toits, déjà adoptée dans quelques rares villes européennes (comme Valence en Espagne).

Mais selon Mao Peninou, une expérimentation menée dans le 14e arrondissement a montré que les intérieurs ne sont pas couverts par le réseau à un tel niveau. Et une étude aurait prouvé que l’utilisation de micro-antennes, plus nombreuses mais moins puissantes, n’y changerait pas grand chose.

La solution, explique Mao Peninou, pourrait consister à passer par des antennes intérieures. De faible puissance, installées dans les bâtiments, elles éviteraient l’implantation de grandes antennes extérieures qui arrosent largement pour atteindre les clients dans leurs appartements et leurs bureaux. Mais serait-ce vraiment un progrès ? C’est une autre histoire...

PS : Sylvain Garel et son groupe Europe Ecologie Les Verts et apparentés souhaitaient par ailleurs que l’adoption de cette nouvelle charte soit conditionnée par les démontages de deux antennes demandés par des riverains (Orange rue Marcadet dans le 18e et Bouygues rue Lobineau dans le 6e), mais ces voeux n’ont pas été retenus. Mao Peninou a toutefois indiqué qu’il verrait ce qu’il peut faire avec les opérateurs, en particulier pour la rue Marcadet, où le combat, qui dure depuis neuf ans, a une portée « symbolique ».

NB : cet article a été mis à jour le 19 octobre 2012 (liens vers les délibérations du Conseil de Paris notamment).

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