Le petit poucet écolo du design végétal

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Amaury Gallon, paysagiste designer amoureux des forêts, se fraie depuis dix ans un chemin éco-responsable et créatif dans un secteur pas si vert que ça. Il s’en explique.

On le connaît moins que ses « grands frères » du design végétal, Patrick Nadeau ou l’omniprésent Alexis Tricoire. Pourtant, en 10 ans déjà, le trentenaire Amaury Gallon a su tracer son chemin, depuis les murs végétaux des débuts jusqu’aux œuvres vivantes actuelles, “Bulles végétales”, “Jardins volants” ou “Potager urbain en bambous”.

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L’arbre en Bambou ou Baobab
Installation pour le 10e salon Jardins Jardin.
© Jean-Pierre Delagarde, pour Les Jardins de Babylone

Pour la 10e édition du salon Jardins Jardin aux Tuileries (juin 2013), il exposait un « arbre en bambou », baobab porteur de sens, posé au centre d’un charmant jardin exotique. L’une des installations les plus réussies du salon.

Vous avez démarré avec les murs végétaux, qui se sont beaucoup démocratisés, pour le meilleur et pour le pire. Sous le vernis vert, sont-ils vraiment écolos ?
Oui et non ! En soi, l’installation ne l’est pas. Mais nous avons créé des murs végétaux dont l’impact environnemental est minimisé. Le substrat est composé à 94% d’éléments recyclés, notamment des plastiques. Car en nous intéressant au cycle de vie des produits, nous nous sommes rendus compte que nous avions ainsi un impact écologique moindre qu’en utilisant des éléments naturels. Nous avons breveté leur étanchéité, qui répond aux règles du bâtiment. Nos murs fonctionnent presque tous en circuit fermé, avec récupération de l’eau.

Quid des plantes ?
La pépinière française Juszczak, près d’Auxerre, nous fournit nos plantes d’extérieur. Pour les plantes d’intérieur, malheureusement, il n’y a pas assez de diversité variétale chez les horticulteurs français. Nous sommes tous contraints de nous approvisionner, via Rungis, en Belgique ou aux Pays-Bas.

Vous commencez à vous éloigner des murs végétaux et mettre en valeur d’autres savoir-faire. D’où la réouverture, en avril 2013, d’un show-room transformé, La Galerie Verte, dans le centre de Paris. Votre agence, les Jardins de Babylone, y expose les « collections » qu’elle crée à chaque saison. ..
Aujourd’hui, tout le monde fait du mur végétal. On continue à venir nous voir pour un niveau de qualité. Mais il faut avouer que notre « fibre écologique » intéresse peu. Idem pour notre investissement dans la reforestation des terres des indiens Kogis, via la Fondation GoodPlanet, de Yann Arthus Bertrand.

Heureusement, depuis trois ans, les clients et les designers nous demandent d’autres choses : apporter des solutions pour des projets de végétalisation, associer le mur végétal à d’autres fonctions (meuble par exemple). J’ai créé un boulier chinois végétalisé en bambou pour Catherine Deneuve, qui nous a laissé carte blanche après avoir vu notre espace sur un salon. Nos Jardins Volants, créés pour Jardins Jardin, ont intéressé une équipe de Disney...

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A La Galerie Verte
Inauguration du nouveau show-room de l’agence d’Amaury Gallon, les Jardins de Babylone, en avril 2013.
© Christine Taconnet/Bienbeau.fr

Est-ce l’avenir de votre métier ? Le végétal va-t-il conquérir d’autres espaces ?
Le mur végétal est plutôt en déclin en France. Mais dans d’autres pays, c’est en plein boom. Ce que je vois venir, et que j’espère, c’est l’intégration du végétal dans des objets et dans des projets architecturaux, en amont, dans le bâti.

Cela a déjà été fait, avec un artiste comme Hundertwasser, une de mes sources d’inspiration (auquel le Musée en Herbe consacre une exposition jusqu’à janvier 2014). Il y a dix ans de file d’attente pour entrer dans ses incroyables logements sociaux viennois aux allures des forêts ! Partout dans les villes, les espaces à végétaliser abondent. Quand on pense à ce qu’on pourrait faire rien qu’avec les descentes d’eau…

Arrivez-vous quand même à faire passer un message ?
Ce message environnemental passe par nos œuvres. Il faut montrer du beau. Le beau inspire et incite à préserver. Les arbres calcinés, les alignements de palmiers à huile, ça finit par braquer le public.

L’Arbre Bambou de Jardin Jardins 2013 évoque la préservation de la forêt. A nos yeux d’Européens, le baobab est un arbre majestueux. Aux yeux d’un Africain, c’est un arbre sacré, aux vertus médicinales, dont on mange les fruits. Donc les populations ne le coupent pas. Mais le paradoxe, c’est que ces magnifiques terrains de baobabs prennent la place de forêt primaires disparues. Rien n’est simple.

Pour finir, une ouverture sur les beaux jours. Les terrasses en mode écolo, ça donne quoi ?
Je refuse d’utiliser du bois exotique. Je travaille beaucoup le bambou gigantea, une graminée qui est renouvelable et peut pousser jusqu’à 1 mètre par jour ! Sur toutes les terrasses, je ne prends que des bois issus de nos régions, thermo-chauffés ou thermo-traités : on passe le bois dans un four HQE, on le chauffe et on le refroidit tout doucement. Il est comme fossilisé : il n’y a plus d’eau à l’intérieur, il ne se dilate plus.

Cette technique finlandaise a l’avantage d’être applicable au chêne, au hêtre, au frêne… Elle donne au bois une couleur caramel qui finit par virer au gris, comme le teck. Depuis quelques années, les gens sont plus sensibles à ce discours, d’autant que le budget est un peu inférieur et que le bois exotique ne vit pas bien sous nos climats. L’iroko, assez populaire, subit ainsi des micro-fissures en période de gel.

Il y a en ce moment une initiative intéressante autour de champs de cocotiers. Ces arbres, qui ont une durée de vie de 50 ans, servent ensuite de bois de chauffage. L’idée est de les revaloriser pour améliorer les revenus des personnes qui exploitent ces champs et d’en faire des lames de parquet, certifiées écologiques. Ca donne un bois chiné, très particulier.

Je dois en parler à Emmanuelle Grundmann, une amie qui a écrit plusieurs livres sur la forêt pour voir ce qu’elle en pense. Car il faut se méfier des labels, surtout quand ils viennent de pays comme la Malaisie. Cela dit, à priori, on ne peut pas couper de cocotiers dans une forêt primaire...

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